Jean, 1914–1944 : itinéraire d’un artilleur de la Grande Guerre à l’asile psychiatrique

Publié le 11 novembre 2024 à 04:04

Une histoire familiale et sociale entre guerre, traumatisme et silence institutionnel

📍 Localisation : Creuse, Haute-Vienne..
📚 Axes de recherche : Première Guerre mondiale · traumatisme psychique · psychiatrie historique · asiles · mémoire familiale · Pupilles de la Nation · histoire sociale
🗂 Sources mobilisées : Archives militaires, dossiers médicaux,  archives judiciaire, état - civil , actes notariés, recherches documentaires, récits familiaux

Nature de la recherche

Cette étude s’inscrit dans une démarche d’histoire sociale et familiale à partir des archives militaires, médicales et administratives. Elle retrace le parcours d’un homme, artilleur pendant la Première Guerre mondiale, devenu ensuite patient en institution psychiatrique pendant près de trente ans.

Elle vise à redonner une place et une voix à des trajectoires longtemps invisibilisées, à la croisée de l’histoire de la guerre, de la psychiatrie et de la mémoire familiale.


Un homme arraché à sa vie ordinaire

Jean naît en 1880 dans une famille rurale. Forgeron, mari et père de deux enfants, il est mobilisé en 1914 comme canonnier-conducteur au sein de l’artillerie de campagne.

Son parcours militaire est marqué par les grandes étapes du conflit sur le front de l’Est et de la Champagne :

  • marches forcées et mobilisations rapides,
  • combats en Belgique et dans l’Argonne,
  • participation à la bataille de la Marne,
  • puis engagement dans la guerre de position en Champagne.

Une expérience de guerre extrême

L’étude de son parcours militaire met en lumière les conditions très dures vécues par les artilleurs :

  • fatigue extrême et déplacements continus,
  • pertes massives humaines et matérielles,
  • violences de l’artillerie ennemie,
  • effondrement progressif des unités.

Les archives permettent de reconstituer un quotidien marqué par la boue, le froid, la faim, la peur permanente et la disparition des camarades.

Le traumatisme psychique et ses conséquences

À la suite d’un épisode traumatique majeur survenu en décembre 1914 — un ensevelissement lors d’un bombardement — Jean développe des troubles psychiques graves.

Son dossier médical évoque une « mélancolie » puis une « démence précoce », terminologie psychiatrique de l’époque qui masque aujourd’hui ce que l’on identifie comme un traumatisme psychique de guerre (shell shock / névrose de guerre).

Un parcours psychiatrique sur plusieurs décennies

À partir de 1915, Jean est successivement hospitalisé :

  • Val-de-Grâce (Paris),
  • Ville-Évrard,
  • Maison-Blanche,
  • puis asile de Naugeat (Haute-Vienne).

Son internement devient durable et administratif, rythmé par des décisions périodiques de maintien.

Les archives montrent : une psychiatrie encore expérimentale, des pratiques coercitives (isolement, traitements physiques), une méconnaissance profonde des traumatismes psychiques de guerre, une confusion fréquente entre souffrance mentale et simulation.

Une vie familiale brisée et silencieuse

Pendant ce long internement : son épouse élève seule les enfants, la famille s’appauvrit progressivement, les enfants deviennent Pupilles de la Nation, le silence s’installe durablement autour de son état.

Jean disparaît progressivement des registres familiaux, devenant un « absent » dans les actes de mariage et les documents officiels.

Une mort dans l’institution, une mémoire effacée

Jean décède en 1944 à l’asile, dans un contexte de grande précarité alimentaire et sanitaire dans les établissements psychiatriques de l’époque. Son acte de décès ne reflète ni son histoire, ni son parcours, ni la violence des conditions d’internement. Il demeure absent des monuments aux morts, malgré une double appartenance à l’histoire : celle du combattant de 1914–1918, celle du malade psychiatrique oublié.

Une recherche au croisement des archives et de la mémoire

Ce travail met en lumière :

  • les trajectoires invisibles des soldats traumatisés,
  • l’histoire de la psychiatrie institutionnelle au XXe siècle,
  • les effets sociaux durables de la Grande Guerre sur les familles rurales,
  • et la nécessité de reconstituer les parcours individuels à partir de sources fragmentaires.

Cette étude s’inscrit dans une volonté de restitution historique sensible et rigoureuse, redonnant place aux individus dans les grandes structures de l’histoire.

 @ Elise CHAGOT - Tous droits réservés.

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Commentaires

Estrade-Vieillefond NellyRobert
il y a 2 ans

MAUDITE SOIT LA GUERRE

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