Au XVIIIe siècle, les eaux minérales suscitent un engouement croissant. Déjà encouragées sous Henri IV, elles font l’objet d’une surveillance accrue grâce à la nomination d’intendants chargés d’en garantir la qualité et l’accès. C’est dans ce contexte que s’inscrit le parcours de Jean-Baptiste Dumas, médecin à Ségur, nommé en 1748 intendant des eaux minérales de Miers, en Quercy.
Pourtant, loin d’être une charge paisible, sa mission se transforme rapidement en véritable bras de fer. Officiellement, Dumas doit veiller à la bonne distribution de l’eau, en assurer la gratuité pour les plus démunis et encadrer les cures. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre.
Le principal obstacle ? Le propriétaire de la fontaine, le marquis de Fontanges, qui refuse de céder le contrôle. Jalousement, il conserve les clés, nomme lui-même les fontainiers et impose ses propres règles… souvent au détriment des plus pauvres. La distribution de l’eau devient alors inégale, favorisant les curistes aisés, parfois à coups de pots-de-vin.
Face à cette situation, Jean-Baptiste Dumas se retrouve impuissant. Il consigne les plaintes, observe les abus, mais ne parvient pas à imposer son autorité. Déterminé malgré tout, il propose un règlement ambitieux pour réorganiser la gestion des eaux minérales dans tout le royaume. Il y affirme notamment le rôle central de l’intendant : nomination des fontainiers, contrôle quotidien des distributions, enregistrement des transporteurs et pouvoir d’exiger des réparations.
Si ses revendications ne sont pas immédiatement suivies d’effet à Miers, elles participent à une évolution plus large : au fil du XVIIIe siècle, l’usage des eaux minérales se structure progressivement, s’inscrivant dans une logique de plus en plus médicale et réglementée.
Chaque été, entre août et début septembre, Dumas s’installe à Miers à ses propres frais pour superviser la saison des eaux. Malgré une fréquentation encore modeste en 1774, la renommée du site grandit. Quelques années plus tard, jusqu’à 600 curistes affluent en un seul mois, venus de provinces voisines. Parmi eux, une visite prestigieuse : la marquise de Pompadour, qui aurait fréquenté les lieux à plusieurs reprises.
Mais cette fonction, peu rémunératrice, n’est pas sans contrepartie. Elle offre à Dumas un avantage fiscal non négligeable : l’exemption de la taille, privilège supprimé en 1766.
Après près de quarante ans de service, usé par les difficultés, Jean-Baptiste Dumas finit par démissionner en 1787. Dans sa lettre, il recommande un successeur compétent, un médecin local reconnu pour son savoir. Un dernier geste qui témoigne de son engagement constant pour une gestion plus juste et plus efficace des eaux de Miers.
Ainsi se dessine le portrait d’un homme rigoureux et tenace, pris entre devoir administratif et résistances locales — une figure emblématique de ces intendants souvent oubliés, mais essentiels à l’histoire des pratiques médicales et sociales de leur temps.
@Elise Chagot - Tous droits réservés - Histoire complète de Jean-Baptiste Dumas à retrouver dans mon ouvrage "Ségur Intime" en 2024.
Illustration générée par IA.
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